Conduite tout-terrain

 

Cette page décrit les principales difficultés susceptibles d'être rencontrées sur les pistes et chemins islandais, c'est à dire hors des routes tracées au sol. Sur ces dernières en effet, même si un 4x4 est généralement nécessaire, le terrain a normalement été assez travaillé par un bulldozer pour que les difficultés ne soient plus de la nature de celles décrites ici (hormis les gués qui font l'objet de pages propres). Les couleurs entre parenthèses indiquent la difficulté de la piste photographiée, d'après le classement expliqué dans la page concernée.

 

 

La F 578 au sud du lac Arnarvatn Stóra, régulièrement encaissée dans la végétation. Outre les pierres, il y a plusieurs passages en « croisement de ponts ». (rose)
 

Les pierres

De la très grosse pierre isolée au champ rocailleux où les pneus peinent à trouver la terre, à peu près tout peut se rencontrer ! Une bonne garde au sol est indispensable et une vitesse très réduite s'imposera d'elle-même ; enclencher éventuellement le rapport court de la boite de transfert. Il faut avant tout s'inquiéter des arêtes vives, surtout si le flanc des pneus risque de les racler, car il s'agit de la partie la plus vulnérable. C'est quand même étonnant ce qu'un pneumatique tout-terrain peut endurer... Pour faciliter la conduite dans les champs de pierres, je trouve valable de prendre quelques minutes pour se mettre en tête le gabarit du véhicule : descendez pour voir si les roues sont bien passées exactement où vous l'espériez et ajustez ensuite en conséquence, ou alors orientez les rétroviseurs vers le sol pour contrôler en temps réel au niveau des roues arrière.

Il semble qu'il y ait deux « écoles » pour traverser les pierriers, selon le type de pneus dont on dispose : soit on a des modèles assez étroits qu'on essaie de faire passer entre les blocs, ce qui demande une bonne garde au sol car beaucoup devront alors passer sous le véhicule, soit on a des pneus larges pour rouler sur les groupes de pierres, ce qui soulève le véhicule et le protège des contacts directs. Pour cette méthode il faut des pneus vraiment larges, comme les « ballons » 38"x12.5" répandus en Islande.

 

Le sable

Dans l'intérieur du pays, on roule par endroits sur des terrains de sable mêlé de gravillons et petits cailloux (sandur) mais finalement pas beaucoup dans des secteurs vraiment sableux. Le sable fin se rencontre généralement en couches superficielles, presque toujours après un épisode de vent fort qui en a déposé dans les ornières de la piste, ce qui fait que l'enlisement n'est pas trop à craindre en 4x4. Le problème principal, pour les véhicules à faible garde au sol, vient plutôt de la formation même de ces ornières car elles peuvent être relativement profondes (une quinzaine de cm) : il y a risque de poser le véhicule si l'on ne sort pas à temps d'une trace devenant trop creuse.

Voici les plus longs passages sablonneux que j'ai rencontrés :

F 910 (plus de 20 km au sud d'Askja et 2-3 km vers le pont sur la Jökulsá á Fjöllum), F 902 (1-2 km), F 210 (5 km vers Mælifell), F 232 (3-4 km encore vers Mælifell). Notez que toutes ces fjallvegur deviennent nécessairement des pistes dans le sable.

La F 902 longeant Rifnihnjúkur. Cette montagne fait barrage au vent d'ouest ce qui doit expliquer que du sable se dépose tout le long de sa base, venant d'un sandur voisin. (rouge)
 

Remorquage d'un véhicule ensablé sur la F 910, juste à l'est du pont sur la Jökulsá á Fjöllum. Cette famille de touristes avait voulu se rendre à Askja sans traverser les gués de la F 88, préférant la F 905 et les quelques kilomètres de sable de la F 910. Mais leur camping-car à deux roues motrices n'a pas pu suivre... Pour l'anecdote, je les ai revus 12 ans plus tard au cours de leur neuvième voyage, avec ce même véhicule qui en avait vu d'autres ! (rouge)

La F 910 au sud-est d'Askja, vers le lac Dyngjuvatn. Nous roulions ici sur nos traces de l'aller, pratiquement effacées par le vent. Au fond, Herðubreið et Herðubreiðartögl. Les piquets ont été rajeunis depuis cette photographie qui date de 1990. (Rouge)

L'idéal dans le sable est d'être en quatre roues motrices tout en restant en vitesses longues. Ce n'est pas toujours possible si le moteur est à la peine, dans ce cas il faut utiliser les rapports courts de la boîte de transfert. Des pneus larges et peu gonflés sont préférables sur ce type de terrain mais, comme on n'en rencontre pas si fréquemment que cela, je trouve qu'il ne faut pas en faire un critère déterminant lors du choix des pneumatiques. Ne pas oublier qu'en cas de début d'ensablement, s'acharner sur la pédale d'accélération ne peut qu'aggraver la situation. Pour finir sur une note apaisante, il n'y a pas de dunes en Islande !

 

Le plus mauvais passage de la F 338 au nord de Skjaldbreiður : un bulldozer est passé là mais ça secoue encore... (rouge)
 

La lave

Fort heureusement, rares sont les pistes ayant à franchir des coulées de lave brute, ce n'est de toute façon possible que si elles sont en partie ensevelies ou qu'elles ont formé des dalles pas trop chaotiques. La conduite y est aussi lente que dans les champs de pierres mais il y a moins besoin de faire attention aux pneus. Cela peut surprendre, mais j'essaie de conduire en deux roues motrices le plus possible car je trouve que c'est préférable sur ce genre de terrain : on manque rarement d'adhérence sur la lave (sauf par temps de pluie sur certains blocs lisses), le véhicule braque plus facilement (il faut parfois slalomer serré entre les écueils de lave), on évite la plupart des à-coups et tensions dans la transmission, causés lors de besoins contradictoires des deux essieux (cas type : l'arrière descend d'un bloc alors que l'avant arrive sur le suivant). Bien sûr, des passages devront quand même être franchis en boite courte (donc en 4x4) et puis cette méthode n'est intéressante que si l'on peut encore avancer au pas tout en restant en 4x2 : sur certains véhicules à réduction insuffisante, on est obligé d'être en 4x4 et rapports courts pour éviter d'arriver trop vite sur l'obstacle.

 

Les pistes ravinées

Les pneus et le ruissellement finissent par creuser dans la terre des rigoles parfois difficilement praticables, obligeant à les enjamber ou à passer carrément à côté, ce qui revient à engendrer une nouvelle piste parallèle. Il faut se méfier des bordures de ces ravinement car elles ne demandent souvent qu'à s'ébouler.

Sur la piste de Reykjadalir, à l'est du volcan Hekla. (Rose)
 

Piste de Krókur entre la F 210 et la F 261. (Rose)

 

Les pentes

Sur le papier, à peu près tous les véhicules tout-terrain sont annoncés comme pouvant monter des pentes de 45° (ou 100 % si l'on préfère). Sur le terrain, l'adhérence manque bien avant cette valeur et aucune piste ne s'engage donc sur de telles pentes, on trouve quand même plusieurs montées assez impressionnantes ! Les plus fortes sont peut-être celles de la piste de Krókur (nord-ouest du Mýrdasjökull) mais celles au nord de Hrafntinnusker ne sont pas loin derrière. Les montées les plus importantes sont toujours « attaquées » pleine pente pour deux raisons : il faut éviter que les véhicules se retrouvent en dévers, position sans autre issue que la glissade ou le tonneau dès que la pente est vraiment forte ; l'autre raison c'est que nombre de versants sont entaillés de rigoles de ruissellement, creusées selon les lignes de plus grande pente, ce qui oblige à rester entre elles.

L'une des pentes les plus fortes que j'ai rencontrées en Islande : 25° environ (mon inclinomètre n'est pas un modèle de précision). On ne se rend jamais bien compte sur une photographie mais je vous assure que quand on arrive dans l'axe, ça a l'air d'un mur ! Piste de Krakatindur (est de Hekla). (rose)
 

De l'intérieur du véhicule, les évolutions en dévers sont finalement bien plus impressionnantes que les passages en pleine pente. Sur certains terrains, on peut glisser en dehors des meilleures traces et se retrouver en fâcheuse position... Piste de Reykjadalir (est de Hekla). (rose)

Pour monter, engager le rapport court de la boite de transfert et la première vitesse afin de bénéficier de la plus grande démultiplication possible (c'est comme en vélo !), enfin lancer le moteur jusqu'à un régime assez élevé. Le véhicule doit monter lentement sans faire peiner le moteur. Il faut éviter toute brusquerie, ce serait par exemple une erreur que de vouloir prendre de l'élan et de passer en deuxième ou troisième ! Qu'un chaos se présente et c'est l'enchaînement perte d'adhérence, perte d'élan : comme on ne peut relancer en pleine pente avec un rapport de vitesse trop long, le moteur cale... Il n'y a plus qu'à serrer les freins, engager la marche arrière pour profiter du frein moteur et redescendre en contrôlant la vitesse.

Pour la descente, employer le rapport le plus court possible permet d'avoir un frein moteur exceptionnel, suffisant même sur des pentes « extrêmes » pour que le véhicule descende à son rythme, sans faire emballer le moteur. Dans la même idée, mieux vaut arriver dans la pente au régime de ralenti. Ensuite, il n'y a normalement plus besoin de toucher à rien, ni aux pédales ni même au volant (ou alors du bout des doigts), le véhicule trouvera seul le bon régime. L'idée sous-jacente est que dans les situations où l'adhérence peut devenir précaire (il n'est pas rare qu'une des roues soit en limite de glissement), il faut éviter tout changement brusque de direction ou de vitesse rotation de roue, un peu, mais à une autre échelle, comme en conduite sur neige ou verglas. Un coup de frein risque en effet de provoquer un blocage de roue et par suite son glissement. Cela étant, si votre moteur s'emballe, freinez avant que ça devienne incontrôlable. Attention ! il ne faut jamais débrayer dans la pente, sinon c'est la descente tout schuss garantie...

 

Les terrains boueux et glissants

Certains chemins ou pistes, qui pourraient paraître presque anodins en temps normal, peuvent devenir redoutables à cause de la pluie. Une petite piste de terre et de tourbe fine, si agréable à parcourir au milieu de la lande ? Qu'un jour d'averses passe et on déchante aussitôt ! Avec de la boue, le moindre dévers doit se négocier pour éviter d'être entraîné sur une mauvaise trajectoire, il faut « lire » le tracé à venir et bien réfléchir à la façon de l'aborder. Le pire reste toutefois, sans conteste, les terrains argileux des abords de sites géothermiques : dur comme le béton par temps sec mais à fuir absolument si il pleut !

Bien qu'on puisse avoir envie de passer ce bref bourbier avec un peu de vitesse, il faut savoir la réfréner en voyant les grosses pierres sur les bords : d'autres sont cachées dans la boue ! Piste F 578 (rose)
 

Sur les hauts de Skarðaháls au sud de Húsavík. Il faut s'attendre à tout quand on s'engage sur ce genre de piste peu fréquentée... Heureusement, celle-ci s'avéra être en état somme toute correct, quoiqu'un peu glissante par endroits. (orange)

 

La neige et les terrains gorgés d'eau

Si les principales routes intérieures ne sont déclarées ouvertes que lorsque le terrain est bien dégagé et drainé, il n'en est pas toujours de même des pistes traversant certaines régions isolées : il peut arriver que le sol soit encore gorgé d'eau de fonte par endroits, voire recouvert d'un névé attardé. Cela dit, c'est quand même rare en plein été et puis il faut vraiment aller « chercher » ces pistes peu courues.

Pour la neige, tout dépend de sa fermeté et de sa tenue, je n'aimerais pas avoir à traverser une épaisse plaque de neige à moitié fondue...

 

Plaque de neige sur la piste de Krakatindur, à l'est du volcan Hekla. Elle était bien ferme et le TP3 n'a eu aucun mal à passer malgré son poids. Le secteur était déclaré ouvert, on voit que cela n'empêche pas de rencontrer de tels d'obstacles... (rose)
 

 

Sur la piste en cul-de-sac au sud du Snæfell, tout près du glacier Brúarjökull. Cette série de photographies a été prise un 16 août : même à une date plutôt avancée, on trouve encore des sols déneigés mais non drainés.

Trompé par la vision de tant de pierres autour de lui, le conducteur de la Nissan a cru pouvoir faire demi-tour en sortant de la piste (elle se trouve à moins de deux mètres derrière la voiture, le TP3 est arrêté dessus) mais n'a même pas eu le temps de passer la marche arrière pour terminer sa manœuvre : le 4x4 était déjà bloqué ! Ses occupants avaient laissé la voiture et s'en retournaient chercher de l'aide au refuge de Snæfell (à 14 km) lorsque nous les avons croisés.
Nous ne pouvions pas tracter la voiture car l'angle entre les véhicules était trop grand (voir ci-contre). Il aurait fallu sortir le le TP3 de la piste mais le terrain alentour était trop peu fiable pour prendre le risque de le planter aussi ! Par chance, nous avions un tire-câble et un point d'ancrage sur mesure, modèle qu'un ami nous avait conseillé après l'avoir vu faire ses preuves dans les marécages des îles Kerguelen (encore une de ces contrées sans arbre où un tire-câble seul ne sert à rien !). Après une bonne heure d'efforts, la voiture repartait vers de nouvelles aventures. (Orange)
 

Le mélange de terre gorgée d'eau et de cailloux est à la fois souple, très lourd et étonnamment collant. Le piège est refermé...

 

 

Cinq barres à mine à planter... Qu'on ne s'y trompe pas à la vue de toutes ces pierres, elles sont surtout superficielles, flottant en quelque sorte sur une « soupe » terreuse !

 

Les traversées de rivières à gués

Voir les pages concernées.

 

 

Autres pages en rapport :

- classification officielle des routes et pistes ;
- classification pratique des routes et pistes ;
- la conduite sur route en Islande ;
- carte des routes, pistes et gués indiquant leur difficulté ;

voir aussi les pages sur

- les traversées de rivières à gué ;
- les transports en Islande.

 

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