Les différents types de rivières et de gués

 

Il me semble possible de distinguer quatre grandes familles de gués, liées au type de rivière et de terrain traversés, bien que plusieurs soient des cas particuliers. En plus des règles communes vues dans la page sur les conseils généraux, la plupart réclament des techniques de conduite spécifiques.

Les rivières d'eau claire

Elles drainent les eaux de pluie et de fonte des neiges et leur débit est généralement assez stable en été, sauf bien sûr après de très fortes précipitations. On pourrait penser que la transparence de l'eau va permettre d'apprécier la profondeur, la nature du fond et les grosses pierres à éviter, mais les reflets du ciel sur la surface sont très gênants en pratique.

  • Traversée à gué sur terrain de graviers, cailloux ou galets

Cette forme de gué est majoritaire sur les rivières d'eau claire et il faut presque toujours éviter de couper en ligne droite pour rejoindre la sortie, car le passage répété des véhicules creuse la partie centrale du gué. Ces cours d'eau souvent tranquilles transportent en effet trop peu de graviers et de cailloux pour remplacer ceux déplacés au passage des véhicules, que le courant a fait rouler vers l'aval. Le creusement du milieu du gué est d'autant plus prononcé que la rivière est étroite, il arrive même qu'il se forme une véritable cuvette, surtout sur les lignes régulières de bus tout-terrain (le second gué juste avant le terminus de Landmannalaugar est un bon exemple). Ces bus peuvent se permettre un franchissement au plus court et brassant beaucoup d'eau, pour le plus grand plaisir des passagers qui raffolent du spectacle !

Finalement, le meilleur moyen de passer ce type de gué consiste à décrire un arc de cercle vers l'aval, juste à la reprise du courant, c'est à dire à rouler sur le mini barrage formé des cailloux que les véhicules précédents ont déplacés. On commence ainsi par descendre légèrement le courant avant de le remonter vers la berge opposée (la règle générale stipulant qu'on descend toujours le courant ne se justifie plus lorsqu'il est faible ou lorsqu'il y a peu de profondeur).

Vu du véhicule, voici un exemple typique de gué avec mini barage en arc de cercle : le meilleur passage correspond aux rides en surface à la limite de reprise du courant. C'est dans le sud de l'Islande, sur les plateaux qui précèdent le volcan Laki, que la F 206 traverse la Hellisá (30 cm d'eau claire sur fond de galets, courant modéré).
 

On voit ici la rivière Lindaá dans la réserve naturelle de Herðubreiðarlindir. Du fait de la fréquentation de cet itinéraire (la route intérieure F 88 mène au volcan Askja), une petite pancarte a été installée pour prévenir de passer vers l'aval, comme le fait cette Land Rover. Le panneau rappelant qu'il faut s'engager lentement est, à ma connaissance, unique en Islande (2003).

Un joli passage à gué très facile, encore sur la F 88, coupant cette fois la rivière Grafarlandaá. Le terrain est constitué de gravier et sable grossier, mélange assez fréquent en Islande. On devine la présence du passage « en arc aval » juste sous l'étendue calme ridée par le vent.

  • Sur terrain à dominante de roche ou de lave brute

Il faut s'attendre à rencontrer des pierres, des marches ou des dalles de lave au milieu des rivières coulant sur ces terrains, ce qui les rend plus délicates à traverser que les précédentes. Bien repérer à l'avance les plus grosses pierres à éviter et avancer au pas. Pour ne pas provoquer trop d'à-coup, on peut caler le pied droit sur le côté de l'accélérateur pour qu'il ne vienne pas involontairement trop appuyer sur la pédale à chaque chaos.

Lorsque la F 578 la traverse à gué, la rivière Norðlingafljót a été repoussée contre des collines par la coulée de lave Hallmundarhraun, son lit est encombré de pierres et de rochers. L'eau est heureusement claire et tous les « pièges » sont visibles. De toute façon, ce conducteur islandais n'a pas trop de souci à se faire avec un 4x4 surélevé muni de si gros pneus !
 

Un passage à gué dans les champs de lave émis en 1783 par la fissure de Lakagígar. On roule sur des débris de blocs de lave mais quelques uns sont encore conséquents. L'entrée du gué se trouve hors champ, juste à gauche.

 
Traversée de la Norðari-Ófæra juste à l'est de la célèbre faille éruptive Eldgjá, sur la piste de Gjátindur.
Les pierres et galets apportés par la rivière n'ont pas complètement recouvert une coulée de lave sous-jacente, c'est pourquoi les véhicules sont souvent secoués, même à faible vitesse. Ici, on voit les effets cumulés du courant et des chaos sur le niveau atteint par l'eau le long de ce TP3. Les balancements de carrosserie exposent le bas de caisse à la vague alors qu'il est situé en temps normal à 70 cm au-dessus du sol. Pourtant, la rivière n'a qu'une profondeur de 40-50 cm.


Deux kilomètres en amont, il y a un second gué sur cette rivière au niveau du parking d'Eldgjá, mais il est plus facile (moins de profondeur et de courant, fond de galets). C'est cette même rivière qui, encore deux kilomètres en amont, se précipite dans la magnifique cascade Ófærufoss.

 

Les gués sur les rivières glaciaires

Jaillissant à l'air libre du front des glaciers, ces cours d'eau transportent beaucoup d'alluvions et leurs eaux sont opaques, brunes ou grises, avec un débit changeant notablement d'un jour à l'autre. Ceci est fonction de l'ensoleillement qui accélère la fonte des glaciers : un jour de grand beau temps, leur niveau augmente réellement au cours de la journée – par exemple 30 cm de fond le matin et presque 50 cm le soir, le gué s'élargissant en conséquence. Il vaut donc mieux les traverser le matin et prévoir que sur un itinéraire en cul-de-sac, une rivière peut, au retour, poser des difficultés insoupçonnées à l'aller. C'est dans cette catégorie que l'on rencontre les passages à gué les plus difficiles et certains sont vraiment dangereux lorsqu'il y a beaucoup d'eau.

  • Lit formé d'alluvions

ces rivières ont presque toujours un régime torrentiel au niveau de leurs gués, présentant plusieurs bras divaguant dans un lit encombré de bancs de cailloux. Le courant est souvent fort et creuse facilement des chenaux à profil en V, pas toujours évidents à déceler, et découpe dans certaines gravières des berges presque verticales. On est parfois amené à multiplier la traversée de petits bras d'eau successifs, en empruntant les îlots caillouteux qui les séparent. Cela permet de faire des pauses sur les gravières et d'en profiter pour réfléchir à la sortie du gué.

Cette photographie montre la rivière Skyndidalsá à 8 h du matin, une heure où elle a le moins d'eau. Comme on peut le constater, ce gué situé sur la F 980 est compliqué car plusieurs difficultés s'y rencontrent en même temps.
Sur 300 m de largeur, le lit de la rivière est un enchevêtrement de bras d'eau entrecoupés d'îlots caillouteux, il n'y a aucun point d'entrée ou de sortie qui fasse vraiment l'unanimité : chacun tente sa chance où bon lui semble ! Commence alors une marche en ziz-zag pour aller d'une gravière émergée à la suivante, il est fréquent de devoir rebrousser chemin en arrivant devant un bras trop impétueux, jusqu'à trouver un passage plus sûr. Le courant est par endroit très fort mais le fond est assez bon, mélange de cailloux et de graviers.
Ce matin là, nous avons réussi à trouver des passages dont la profondeur n'excédait pas 50 cm mais elle était de 70 cm lors de la traversée aller (deux jours avant, c'était à 21 h et la rivière était plus haute). C'est encore acceptable avec un véhicule du gabarit de ce TP3, mais il y a sans doute 1 m certains jours à la réunion des bras principaux.
 
Le véhicule est arrêté ici sur un banc séparant les deux premiers bras importants. Cela permet de chausser des bottes et de monter sur la galerie vérifier si la petite île située en face (au centre de la photo) constitue une bonne « tête de pont » pour la suite de la traversée.

  • Lit recouvrant une plaine sableuse (sandur)

Aux abords des glaciers Vatnajökull et Mýrdalsjökull, de vastes étendues où le sable domine sont parfois recouvertes d'eaux de fonte, ce qui peut compliquer leur traversée. Ces terrains perdent de leur portance et il faut conserver un peu de vitesse en roulant dessus (15-20 km/h), de façon à ne pas se laisser déborder par une zone plus meuble. Par temps couvert et froid, il arrive que le passage soit presque asséché.

Sur les photographies qui suivent, on voit le gué situé à l'entrée est du Mælifellssandur, un désert sableux bordant le nord du glacier Mýrdalsjökull. Les eaux de fonte du glacier sont normalement presque toutes absorbées par le sable mais il arrive qu'il sature les jours très ensoleillés. La hauteur d'eau reste ridiculement faible mais il faut se méfier du terrain inondé car il n'est plus aussi porteur (ce ne sont pas non plus des sables mouvants, il ne faut pas exagérer !). La vue panoramique est prise du sommet de Mælifell, un petit volcan qui a donné son nom à la région. On distingue le sillon de la route de montagne F 210, qui prend dans le sable la forme d'une simple piste ; la tache blanche au bord du cours d'eau est le toit du véhicule rouge que l'on voit sur les photos.



 
Arrivée devant les sables inondés, cette conductrice islandaise est descendue pour embrayer les moyeux de roue avant. Il faut préciser que la partie précédente de la F 210 n'est pas très difficile et il est même possible, malgré le sable, de venir ici sans quatre roues motrices (c'est déconseillé, il faut être assez motivé !). Le camping-car à deux roues motrices stationné avant le gué est celui d'un couple d'Autrichiens, habitués à l'Islande, qui savaient très bien ce qu'ils faisaient en venant ici. La voiture blanche, quant à elle, n'a plus qu'à conserver un peu de vitesse pour passer « sur l'élan » les quelques zones vraiment meubles.

 

 

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