|
La traversée des rivières à
gué, conseils généraux
Beaucoup de « routes de montagne »
ou de pistes ne posent pas de difficulté par leur état
même, mais bien par l'obligation de franchir des cours d'eau.
Qui n'a jamais été perturbé à l'approche
d'une rivière inconnue ? Y aura-t-il beaucoup d'eau ? Est
ce qu'il faudra faire demi-tour ? Et sinon, à quel endroit
faut-il vraiment traverser ? Est ce que le 4x4 passera sans problème
? Autant de questions bien naturelles auxquelles quelques conseils,
puis l'expérience, peuvent apporter des réponses.

L'un des deux gués sur la rivière
Lindaá dans la réserve naturelle de Hvannalindir,
au nord du glacier Vatnajökull. On a ici un exemple de gué
facile pour un véhicule tout-terrain : petite rivière
d'eau claire peu profonde (environ 25 cm), fond stable et régulier,
courant négligeable, points d'entrée et de sortie
évidents. La piste passant ici est la F 903, elle
atteint les monts Kverkfjöll que l'on voit au loin.
Observer pour juger la difficulté et repérer
où passer
C'est la première phase indispensable, pour
trouver où passer et s'assurer que c'est à la portée
du véhicule. Il faut estimer la profondeur, la force du courant,
la nature du fond et repérer des points d'entrée et
de sortie.
Il ne faut pas hésiter à demander
à l'avance si une rivière indiquée sur la carte
pose problème, par exemple à un véhicule croisé
plus tôt. Sur place, en cas de doute concernant la profondeur
ou la marche à suivre, le plus sage est d'attendre qu'un
autre véhicule arrive, mais ça peut être long...
et parfois ne pas avancer à grand chose si chacun attend
que l'autre se décide à passer le premier. «
Après vous, je vous en prie ! »
|

La F 206 coupant le petit torrent Stjórn.
La voie à suivre est ici toute tracée, mais
c'est loin d'être aussi souvent le cas. On peut s'attendre
à trouver quelques belles pierres sur le fond en voyant
toutes celles sur les berges, c'est d'ailleurs tout ce qu'il
y a à craindre de ce cours d'eau.

Les Ponts et Chaussées placent avant certaines
rivières ce panneau d'avertissement, mais ce n'est
pas systématique.
|
|
Lorsque la rivière est assez large,
parsemée de bancs de graviers, il n'est pas toujours
évident de savoir quelle est la meilleure voie à
emprunter, il faut alors suivre quelques règles pour
la plupart issues du bon sens.
Les traces les plus marquées sur les
berges indiquent en général le meilleur passage
mais, comme l'indiquent les panneaux des Ponts et Chaussées,
« les traces de pneu ne disent pas comment s'est
passée la suite ». Personnellement, devant
un gué qui ne semble pas évident, je monte systématiquement
sur la galerie du véhicule pour avoir une vue surélevée,
ce qui permet de découvrir plus facilement les différents
passages.
Éviter d'avoir à remonter
le courant !
Lorsqu'une rivière est assez profonde,
avec un courant jugé important, et que la configuration
des berges le permet, on essaie de traverser de l'amont vers
l'aval afin de profiter de la force du courant plutôt
que de lutter contre.
Bien sûr, ce n'est pas toujours possible
et il est inutile de se contraindre à suivre cette
règle si la hauteur d'eau est trop faible pour approcher
le bas de caisse du véhicule. Mais elle est en général
respectée, ce qui explique qu'il y ait souvent plusieurs
entrées et sorties possibles pour les rivières
les plus larges, correspondant à la traversée
dans un sens ou dans l'autre. Ainsi, il ne faut pas chercher
à rejoindre absolument ce qui semble être une
« sortie » située en amont, même si c'est
un passage manifestement fréquenté, tout simplement
parce que c'est peut être un point utilisé comme
entrée dans l'autre sens de traversée !
Préférer un passage dans
le courant, plutôt qu'en zone trop calme...
Il faut se méfier des endroits où
le courant est nettement plus faible que la moyenne car ils
correspondent souvent à des zones plus profondes. Même
si ce n'est pas le cas, par exemple lorsqu'on voit des bancs
affleurants qui assurent qu'il y a peu de profondeur, du sable
ou du limon meuble ont pu s'y déposer et le véhicule
risque de s'enfoncer et d'avoir du mal à passer. Il
faut bien comprendre qu'on ne peut pas toujours compter sur
la transparence de l'eau pour voir la nature du fond (les
rivières glaciaires sont même totalement opaques)
et que, souvent, on devra avancer véritablement en
aveugle !
À l'inverse, même si cela rebute
au premier abord, il vaut mieux choisir de passer dans les
zones où la vitesse de l'eau est importante car :
- elles sont en moyenne moins profondes ;
- un courant rapide met en évidence, en devant les
contourner, d'éventuelles grosses pierres immergées
qu'il faudra éviter ;
- on est assuré de ne pas rencontrer un fond de sable
mou, car ce dernier ne se dépose que dans les zones
calmes des cours d'eau.
[Interlude : un peu de mécanique
des fluides...
Le débit d'une rivière est le produit de sa
largeur avec sa profondeur et avec la vitesse moyenne de l'eau.
Pour un cours d'eau de largeur et de débit donnés,
il y a en moyenne moins de fond dans les zones de courant
important.]
... mais éviter quand même les chenaux étroits
où le courant est violent !
Il faut faire preuve de bon sens en suivant la règle
vue plus haut : si le courant n'est important que dans une
partie centrale étroite d'un bras d'eau, c'est que
la rivière y a creusé un chenal sûrement
profond, à éviter absolument.
Faire attention aux berges abruptes
Autant que possible, il faut éviter
d'avoir à entrer ou sortir de l'eau à un endroit
le long duquel passe beaucoup d'eau, car il y a risque de
tomber sur un abrupt immergé produit par l'effet de
sape du courant. En cas de doute, on peut toujours vérifier
le point d'entrée en sondant avec un bâton ou
n'importe quel objet analogue.
|
|

Repérage à pied du gué
de Lónið, sur la F 249 pour Þórsmörk.
Lorsqu'il y a peu de courant, on a du mal à estimer
à la seule vue la profondeur d'une rivière et
à se faire une idée de la nature du fond, reste
alors à aller voir.
|
|
Sondage à pied : préférable
mais parfois risqué
Presque personne ne le fait en pratique,
l'idéal serait pourtant de tester chaque gué
à pied, muni de cuissardes et d'un bâton d'appui.
C'est laborieux et même dangereux si il y a beaucoup
d'eau, or c'est justement lorsqu'une rivière est profonde
ou avec un fort courant qu'on a le plus besoin de la contrôler
avant d'y engager sa voiture. Pour ne rien arranger, la température
de certaines rivières est inférieure à
5 °C.
Certains Islandais qui vont pêcher dans l'arrière
pays enfilent leurs waders pour sonder un passage qu'ils
ne connaissent pas ou qui a plus d'eau qu'à l'habitude
; d'autres ont une méthode assez douteuse pour se faire
une idée de la profondeur d'un bras d'eau... mais je
la donne quand même à titre d'anecdote. Elle
consiste à jeter une grosse pierre bien haut en visant
la zone à tester, puis à écouter le bruit
qu'elle fait en entrant dans l'eau : selon qu'on entend ou
non son choc avec d'autres pierres, on est sensé en
déduire qu'il y a plus ou moins de fond...
Finalement, lorsqu'on a de sérieux
doutes sur un passage à gué, qu'on n'est pas
motivé pour aller le repérer à pied et
que personne n'arrive pour montrer comment passer, la meilleure
solution est encore de savoir renoncer !
|
... enfin, se mettre à l'eau en allant doucement
Pour ne pas risquer de caler, il faut traverser
une rivière en gardant un régime moteur assez
important tout en avançant à vitesse très
faible (sauf en cas, rare, de cours d'eau sur sandur : voir
la page différentes
sortes de rivières et de gués). Pour cela,
engager la première vitesse et la gamme réduite
de la boite de transfert (si le véhicule en dispose),
ce dernier point étant surtout important pour les rivières
à fort courant.
Il faut avoir à l'esprit que l'eau présente
une grande résistance à l'avancement et fait
peiner le moteur, on limite donc le risque de caler en utilisant
le rapport de vitesse le plus court. Noter que, sur ce point
au moins, les moteurs essence sont désavantagés
car calent plus facilement qu'un Diesel. Toujours pour éviter
une fausse manuvre, ne pas changer de vitesse en cours
de traversée, il fallait y penser avant !
Autres avantages d'aller le plus doucement
possible :
- cela réduit les chaos et le risque d'avancer par
à-coups sur fond pierreux, ce qui est toujours mauvais
pour la transmission du véhicule. Souvent, ce n'est
qu'une fois dans l'eau qu'on se rend compte qu'il y a des
pierres au fond.
- plus on va vite et plus l'eau poussée par le véhicule
forme une vague qui remonte haut le long de la caisse. Non
seulement elle devient une source de résistance supplémentaire,
mais l'eau risque en plus d'atteindre la prise d'air du moteur.
- plus on va vite et plus l'eau brassée par les roues
et les mouvements de carrosserie risque d'être projetée
sur des organes sensibles du compartiment moteur.
Si vous voulez faire de jolies gerbes d'eau comme-à-la-télé,
mieux vaut aller plus vite, mais alors choisissez une petite
rivière peu profonde...
|
|


Traversée d'un bras de Hraunkvíslar,
au nord du glacier Tungnafellsjökull sur la F
910.
|
Enfin, il est préférable de commencer
par traverser des rivières « faciles »
pour acquérir de l'expérience et voir comment se comporte
son véhicule. Une fois qu'on l'a bien en main et qu'on sait
comment il réagit sur différents types de terrain,
on peut se lancer dans des bains plus mouvementés.
Quelques aspects d'ordre mécanique
Problèmes susceptibles de se produire
en traversant à gué
- Après avoir été dans l'eau,
les freins ont en général perdu de leur efficacité
et il faut les solliciter un peu à vide pour qu'ils sèchent.
Il peut aussi arriver que de la poussière déposée
sur des freins mouillés fasse coller les garnitures (plutôt
avec des freins à tambour qui retiennent plus facilement
l'humidité) ; si ils restent bloqués – on en est vite
prévenu par une odeur inquiétante de métal
chauffé –, on peut les aider à revenir dans le droit
chemin en donnant un coup de marteau sur le tambour.
- L'eau peut entrer dans l'habitacle des véhicules
les plus bas, à cause de mauvais joints de portières
mais aussi par le pédalier.
- Il faut savoir à quelle hauteur se trouve
l'entrée d'air du moteur, car elle doit évidemment
rester toujours hors d'atteinte de l'eau.
- Le ventilateur du moteur peut casser si il rencontre de l'eau,
au cours d'une immersion bien sûr, mais aussi à cause
de projection d'un paquet d'eau. Avec un modèle commandé
par une sonde thermoélectrique (modèle le plus fréquent),
penser à vérifier, avant de traverser une rivière
qui semble profonde, que la température d'eau du moteur est
assez basse : il ne faudrait pas que le ventilateur décide
de se mettre en marche au milieu du gué. Avec un modèle
permanent, penser à détendre un peu la courroie du
ventilateur. Même dans une rivière très froide,
la température du moteur tend à augmenter à
cause de l'effort et du régime qu'il faut conserver.
- L'eau pose sans doute des problèmes au
niveau des boîtiers de commande d'allumage des moteurs essence.
Curieusement, il semble par contre qu'il n'y ait pas à s'inquiéter
de l'immersion de l'alternateur, bien que ses contacts soient à
l'air libre, ce que m'a confirmé un garagiste islandais.
- Sur les véhicules tout-terrain, les divers éléments
lubrifiés par bain d'huile (boites de vitesse et de transfert,
ponts avant et arrière) sont normalement étanches
car leur dégazage est réalisé soit par une
soupape, soit par un tuyau qui débouche à une hauteur
suffisante au-dessus du sol. Le moteur en fonctionnement ne risque
en principe pas grand chose non plus car son carter est en surpression,
mais ce peut ne plus être le cas si il cale.
- En cas de moteur calé, l'eau peut réussir
à remonter la ligne d'échappement (si sa sortie est
immergée) et causer alors de graves dommages. Encore une
fois, toujours engager le rapport de vitesse le plus faible et conserver
un régime moteur assez élevé.
Faut-il prévoir une préparation
du véhicule dans l'optique des passages à gué
?
Une prise d'air surélevée, type schnorchel,
permet de se mettre à l'abri du problème essentiel
de noyer le moteur et sert aussi à réduire l'entrée
de poussière ou de sable soulevés par le vent. On
rencontre très peu d'Islandais équipant leur véhicule
de ce matériel mais il faut dire qu'ils préfèrent
rehausser l'ensemble du 4x4, ce qui est plus efficace mais aussi
nettement plus coûteux ! Sans entreprendre une telle transformation,
on peut quand même gagner quelques centimètres de hauteur
avec n'importe quel 4x4 de série en montant des pneus de
taille supérieure à ceux d'origine. Vérifier
auprès du constructeur la compatibilité et surtout
l'homologation du modèle souhaité. Plus le véhicule
est haut et moins le courant aura de prise sur lui, ce qui est important
pour la traversée de rivière. Sur les routes et pistes
traversant l'intérieur des terres, de plus gros pneus feront
en outre gagner en confort et en possibilités tout-terrain.
Plus que la largeur, c'est le diamètre des pneus qui importe
car il fait gagner en garde au sol et réduit l'effet des
chocs sur les pierres.
HAUT de la page
|