Fáskrúðsfjörður et les « pêcheurs d'Islande »

 

Aussi connu sous le nom de Búðir, le village compte environ 600 habitants.

 

 

Si l'on arrive par la côte, que ce soit du nord ou du sud, c'est la silhouette de l'île de Skrúður qui la première annonce le fjord. Au départ de Reyðarfjörður, le choix le plus direct pour se rendre dans le Fáskrúðsfjörður est le tunnel ouvert à l'automne 2005. Comme ses voisins, le fjord est bordé d'une étroite bande côtière par endroit utilisée en prés de fauche, dominée par des chaînes de montagnes formées de vieux basaltes de l'ère tertiaire.
Rive sud, le mont Sandfell se détache facilement de par sa couleur et sa forme. Il s'agit d'un laccolite, c'est à dire une montée de lave, de nature rhyolitique dans le cas présent, ayant soulevé la couverture rocheuse déjà en place. Sur son versant sud, une épaisse strate de basalte reste accrochée à la pente et contraste avec les éboulements de rhyolite.

Sandfell (763 m).

 

Les pêcheurs d'Islande

Fáskrúðsfjörður n'est pas seulement un profond et joli fjord de la côte est du pays, c'est aussi la principale station qui accueillait les Français pendant les campagnes de pêche à la morue en Islande. Entre 1850 et 1914, il y eut certaines saisons jusqu'à 120 goélettes et 5 000 marins français, venus de Dunkerque, Paimpol ou Lorient, pêcher dans les eaux islandaises. Ils apportaient souvent des marchandises à troquer, vin et cognac par exemple, contre des lainages ou de la nourriture fraîche. Simples relations d'affaire ou amitiés, des liens se sont noués entre les habitants du fjord et les marins et le village conserve la mémoire de cette époque.

On a connu pire accueil !
 

Vue ancienne de Búðir. Dessin réalisé à partir d'un panneau d'information sur le village.

 

Pour le travail, les hommes étaient munis de lignes à main et recevaient une paye proportionnelle au nombre de prises, au mieux 6000 morues chacun par saison. Les conditions de vie difficiles à bord des bateaux, la nourriture peu variée et le climat favorisaient les maladies, scorbut, pneumonie et tuberculose, qui s'ajoutaient aux plaies et engelures. Une maison construite pour les malades et naufragés ne suffit bientôt plus et, à partir de 1897, plusieurs navires-hôpitaux de la Marine nationale se succédèrent sur les zones de pêche.
Le premier d'entre eux, le Saint-Paul, s'échoua malheureusement dans l'estuaire sableux du fleuve Kúðafljót le 4 avril 1899. Ses 20 occupants furent tous secourus et l'épave fut vendue aux enchères, comme il était d'usage après un naufrage. Tout le contenu ou presque du bateau y passa, en pas moins de 774 lots ! Bois, voiles et cordages, médicaments, vaisselle, lits et couvertures, rations de nourriture et flacons de rhum, de cognac ou de vin – 900 bouteilles de vin rouge ! Ce navire était décidément une mine pour les fermiers des campagnes voisines, qui avaient pourtant l'habitude de ce genre d'événements (la côte sud-est de l'Islande a été un véritable cimetière à bateaux jusque dans les années 1950). Comme la vente était programmée sur trois jours, il fut judicieusement prévu de garder pour la fin les lots d'alcool, afin de ne pas accélérer leur consommation... Le bateau s'est ainsi retrouvé éparpillé de-ci de-là, comme de nombreuses autres épaves dont le bois servait à la construction de maisons. En visitant le musée de Skógar, on apprend par exemple que les lambris du salon de l'une des maisons exposée proviennent... du Saint-Paul  justement !

 
Un bibelot trouvé sur le Saint-Paul, exposé à l'office du tourisme de Vík.

Environ 400 goélettes furent aussi victimes de naufrages, on en déplora jusqu'à 15 au cours d'une même tempête, souvent drossées vers les sables traîtres de la côte sud du pays. Pour retrouver le calme des eaux du Fáskrúðsfjörður, il fallait éviter les écueils situés aux caps ainsi que les deux îles Andey et Skrúður qui referment son entrée. Le manque de barques de sauvetage à bord, pour gagner en tonnage marchand, mais aussi l'incompétence de certains capitaines et l'alcoolisme étaient également en cause.

Goélette perdue au cours d'une tempête, dessinée à partir d'une photographie exposée au musée de Fáskrúðsfjörður.


Le cimetière des pêcheurs d'Islande. Sandfell (voir plus haut) est la montagne au-dessus du calvaire.
À l'entrée est du village, en contrebas de la route, se trouve un cimetière clos où reposent 49 marins français et belges, mais bien d'autres n'ont pas eu de sépulture.
 

 

 

Le musée sur les pêcheurs français en Islande


Je ne peux que conseiller de faire une pause dans le village pour visiter ce petit musée. On y entre par curiosité et on en ressort en fredonnant La Paimpolaise ! Des photographies anciennes, des lettres et récits de la vie des pêcheurs, dans lesquels la rudesse du travail et du climat, ainsi que le mal du pays, sont souvent évoqués ; de nombreux objets et habits, un documentaire télévisé enfin (en français) permettent de se plonger dans l'atmosphère de l'époque. Si l'on a un peu de temps, la lecture d'un carnet de bord datant de 1910 donne une foule de renseignements sur l'activité des ports et des stations baleinières au début du xxe siècle.
Tous les documents sont traduits en français. Assez logique vu le sujet mais c'est assez rare en Islande pour être souligné. Comme souvent dans les musées privés, on peut prolonger l'arrêt dans un petit salon de thé attenant. Entrée 300 kr (2003).



 

 

Goélette dunkerquoise. D'après une photographie ancienne exposée à l'office du tourisme de Vík.

 

HAUT de la page