Lindur, dans la vallée de la Jökulsá á Dal

 

Lindur est une petite source d'eau tiède dans la haute vallée de la Jökulsá á Dal, un secteur peu fréquenté qui est bien malgré lui placé sous les feux de la rampe : le site disparaîtra sous le lac de barrage Hálslón pendant l'hiver 2006-2007. Davantage que la source elle-même, c'est plutôt le cadre environnant qu'on regrettera. On ne peut pas visiter Lindur sans y penser.

 

 

La piste de Lindur

Sur la route goudronnée du barrage de Kárahnjúkar, trois kilomètres à l'est du chantier lui-même, un panneau de bois indique le chemin de Lindur. Bien dégagé au bulldozer sur les deux premiers kilomètres, il faut le laisser pour prendre, sur la gauche, une piste dont le départ est simplement signalé par un cairn, tandis que le chemin principal atteint plus loin une route de chantier. La piste démarre cinq cents mètres environ après que le chemin ait changé brutalement de direction. Un véhicule tout-terrain est nécessaire à partir de là, il y a six kilomètres à parcourir jusqu'au terminus.

Les premiers kilomètres sur le chemin de Lindur. Le chantier de construction du barrage est visible au loin.

La piste se dirige vers les étendues désolées de Vesturöræfi, vaste plaine marécageuse entrecoupée de larges collines pierreuses. Après être descendu de l'une d'elles, on s'oriente vers l'ouest pour croiser une route de chantier toute récente, interdite à la circulation, qui donne l'impression de suivre la ligne de niveau du futur lac Hálslón. Juste après, la piste passe une zone humide que des engins de chantier ont tellement abîmée qu'elle en est devenue impraticable : quelques véhicules à pneus très larges ont réussi à trouver une voie mais c'est l'échec garanti avec un 4x4 normal ! Comme il reste à peine plus d'un kilomètre à faire, autant terminer à pied.

Sur la piste de Lindur. Une vue vers l'arrière, avant de descendre vers la lande tourbeuse.
 

En approchant du coteau, la piste commence à devenir délicate. Je n'ose pas imaginer son état sous la pluie. Deux cents mètres après ce passage, elle devient totalement impraticable.

La descente du coteau dévoile peu à peu le fond de la vallée, encombré sur toute sa longueur par les épais dépôts sédimentaires qui font sa particularité : voir la page sur les terrasses alluviales de la Jökulsá á Dal. On ne tarde pas à apercevoir le refuge rudimentaire de Lindur, où s'arrête la piste. Un peu à l'écart, un petit parc à bétail en bois doit servir à parquer des chevaux pour la nuit lors de sorties équestres.

 

Le refuge et la source géothermique

Au milieu de nulle part, posée sur un large replat à la végétation rase, une cabane très simple attend ses derniers hôtes. La porte est ouverte et les couchettes inconfortables sont toujours là, elles qui ont sans doute ravi plus d'un voyageur fatigué. Le poêle est prêt à chauffer mais on voit bien que personne n'a eu le cœur à l'allumer depuis longtemps. Déjà, le livre d'or ne reçoit plus que les doléances de rares visiteurs, chagrinés par le destin du lieu, évoquant la longue nuit qui recouvrira bientôt la vallée. D'ici peu, cent mètres d'eau pèseront sur Lindur. Cent mètres ! Épinglée au mur, la vieille carte devra réviser sa géographie. C'est étrange comme l'endroit paraît déjà mort depuis l'intérieur du refuge alors que, dehors, le tumulte de la rivière réussit presque à faire oublier le calendrier de construction du barrage.

Et cette fameuse source, au fait, où est-elle ? À vrai dire, on passerait facilement devant sans même la remarquer tant elle est anodine. C'est tout près du refuge, dans l'herbe, qu'elle envoie à la surface de rares bouillons d'eau tiède du fond d'une sombre fissure. Quelques algues typiques des sources thermales sont présentes mais pas de concrétions colorée sur ses bords ni même un soupçon de vapeur. Avec une température moyenne de 35 °C et un litre par seconde tout au plus, elle fait pâle figure comparée aux ténors du pays. Cela étant, la région n'est pas très riche en activité géothermique ce qui fait de Lindur une curiosité locale. Un peu plus loin au nord, à peine plus haut dans la pente, j'ai eu l'impression que des suintement devaient eux aussi être alimentés par une source géothermique mais leur température était si peu différente de celle ambiante que ce n'est pas sûr du tout.

La cabane est juste à côté de la source (« lind » en islandais).

 

On ne peut pas dire que ce soit la grande activité dans ce bassin...

 

La Jökulsá aux environs de Lindur

La vallée vue depuis le bord de la terrasse alluviale, haute d'une trentaine de mètres.

Une cahute vieillissante, une source plutôt décevante... aurait-on fait le détour pour si peu ? Non ! car à Lindur ce qui est beau, c'est la rivière. La Jökulsá á Dal reste cachée jusqu'à ce qu'on arrive au bord de la terrasse herbeuse. Plus bas, l'eau fraîchement fondue est bien là, à en découdre enfin avec des adversaires moins implacables que le glacier qui l'a retenue si longtemps. Après une course pleine de fougue et avoir bondi d'un étranglement rocheux, elle se désunit momentanément en un rapide éclaboussant pour se ressaisir très vite entre deux berges encaissées. Retenant avec peine sa puissance, la voilà déjà qui s'en va parader devant des colonnades de basalte aperçues au loin.
Elle est donc là cette énergie si convoitée !, cette violence brute qui colle à l'Islande, s'exprimant rageusement dans sa vallée perdue.

Les taches rougeâtres vers l'aval sont la signature de l'ignimbrite (voir plus bas).
 

 

Des rapides jusqu'à l'entrée de la petite gorge aux parois d'orgues basaltiques, les berges se parent çà et là de teintes violines et brique du plus bel effet. Intéressant esthétiquement, l'endroit l'est aussi géologiquement : ces couleurs chaudes correspondent à une couche d'ignimbrite, roche formée de produits volcaniques expulsés dans une nuée ardente et soudés lors du refroidissement. Bien que relativement fine, la strate constitue le seul témoignage connu de l'existence, dans cette région, d'un dynamisme éruptif à nuées ardentes.

La rivière s'est créé un décor à la mesure de son caractère. Dans moins de deux ans, tout aura disparu.

 

Autres pages sur les environs :

- les terrasses postglaciaires de Brúardalir ;
- le barrage de Kárahnjúkar ;
- les gorges de Hafrahvammar.

 

HAUT de la page